DE FAILLY Amédée (1789-1853)
DE FAILLY, Amédée-Jean-Marie-Ghislain,
né en 1789 à Bruxelles, décédé en 1853 à Bruxelles
Age en 1830 : 41 ans
Ministre de la guerre (1831)
BIOGRAPHIE par le général GUILLAUME (1878)
(Extrait de : G. GUILLAUME,
Biographie nationale de Belgique, t. VI, 1878, col. 856-858). (Note
du webmaster : Cette biographie présente
quelques erreurs. Les notes insérées dans le corps de ce texte (qui ne font pas
partie du texte original) renvoient aux éclaircissements donnés à cet égard par
un descendant, auteur en outre d’une biograpie plus
récente (Damien de Failly, voir ci-dessous))
« de FAILLY (Etienne-Auguste
baron) (1) homme de guerre et ministre, né à
Bruxelles le 17 avril 1789, mort dans la même ville le 24 avril 1853. Le baron
de Failly, fit ses études à l'école militaire de
Fontainebleau et en sortit le 11 novembre 1806 avec le grade de sous-lieutenant
au 4e régiment d'infanterie légère (2).
Il fit les campagnes de 1806 et de 1807 en Pologne, se distingua à la bataille
d'Eylau et fut blessé d'un coup d'obus à l'épaule gauche au siége de Dantzig le
15 avril 1807. Il passa à l'armée d'Espagne, fit avec elle les campagnes de
1808 et de 1809, et ayant été promu lieutenant le 8 novembre 1809, il passa à
l'armée d'Allemagne. Bientôt après, il retourna en Espagne et prit part aux
campagnes de 1810, 1811 et 1812. Sa conduite à la prise de Lambier,
le 17 février 1811, où il fut blessé d'un coup de feu à la tête, et au combat
de Lerma, où il reçut une nouvelle blessure à la jambe droite, lui valut le
grade de capitaine au 15e régiment d'infanterie légère (3). Rentré en France, il y fit encore les campagnes de 1813 et de 1814
et obtint l'étoile de la Légion
d'honneur par un décret impérial du 7 février 1813.
Rentré dans sa patrie après
la chute de l'empire, le baron de Failly fut admis
dans l'armée des Pays-Bas le 16 décembre 1814 avec le grade de colonel commandant
le 5e bataillon de chasseurs, à la tête duquel il assista à la bataille de
Waterloo (4). Le 27 janvier 1826, il
fut nommé colonel commandant la 5e division d'infanterie et, en 1829, le roi
Guillaume lui conféra la décoration du Lion belgique.
Après les événements de 1830
et après qu'il eut obtenu sa démission du service des Pays-Bas (5), le baron de Failly
se mit d'abord dans les rangs des volontaires, puis entra dans l'armée belge
avec le grade de général-major commandant la province d'Anvers. Peu de mois après,
le régent l'appela aux difficiles fonctions de ministre de la guerre (18 mai
1831) (6)
La funeste issue de la
campagne du mois d'août 1831 contre les Hollandais a été attribuée en grande
partie à la mauvaise administration du général baron de Failly.
Les reproches qu'on lui a adressés ont même été tellement graves que devant la
réprobation générale qui s'est manifestée, il a dû donner sa démission de
ministre de la guerre (7) et
s'expatrier pour quelque temps (8).
Un examen impartial de la conduite du général de Failly
donne la conviction que le jugement porté contre lui, sous l'influence des
passions qui, à cette époque, agitaient les masses, a été, sinon injuste, au
moins trop sévère. On n'a pas assez tenu compte des difficultés qu'a
rencontrées ce ministre de la guerre aussi inexpérimenté en fait d'administration
militaire que presque tous ceux qui l'avaient précédé et qui s'étaient succédé
presque de mois en mois depuis l'affranchissement de la Belgique. Aucun
des services de son administration n'était sérieusement organisé ; les magasins
étaient vides ; l'esprit public égaré par les succès de septembre 1830, croyait
qu'il ne fallait, pour faire la guerre, que des volontaires en blouse ; une
presse dévergondée attaquait sans relâche toutes les mesures prises par l'autorité
; elle avait des échos jusque dans le Congrès, qui refusa aux demandes
instantes du ministre de la guerre les ressources qu'il déclarait être
indispensable s; qui lui refusa même l'argent nécessaire pour acheter des armes
! En relisant les comptes rendus de certaines séances du Congrès, on constate
qu'alors déjà des gens qui affectaient un grand patriotisme, mais qui en
réalité ne recherchaient qu'une vaine popularité, s'indignaient de ce qu'ils
appelaient les « ruineuses
profusions » de l'administration de la guerre, et foudroyaient ces
« déplorables budgets » au
moment où l'ennemi passait la frontière.
Il
n'est que juste de tenir compte au général de Failly,
en jugeant sa conduite, des résistances qu'il a rencontrées dans l'accomplissement
de sa mission difficile.
Général
baron Guillaume. »
Corrections et précisions
apportées par Damien de Failly :
(1) « de FAILLY (Etienne-Auguste
baron) ». Le général Guillaume se trompe sur l’identité
du général de Failly. Il ne s’agit pas d’Etienne de Failly (un autre général) mais d’Amédée-Jean-Marie-Ghislain
de Failly… Le genre de méprise qui se répète de livre
en livre.
(2)
Il en est sorti avec le grade de sous-lieutenant au 12e (et non au 4e) régiment d'infanterie légère.
(3)
Le grade de capitaine au 15e régiment d'infanterie légère est octroyé le 7 fevrier 1812.
Chef de bataillon le 10 février 1813. Légion d’honneur le 7 février 1813.
(4)
Amédée de Failly n’a pas participé à la bataille de
Waterloo. Son commandement était à ce moment confié à un autre officier.
(5)
Il a obtenu sa démission du service des Pays-Bas le 16 novembre 1830.
(6)
« … de ministre de la guerre (18 mai 1831) ». Il entre en fonction le
1er juin. A l’arrivée du Roi Léopold Ier, il est le seul des membres
du ministère, dont le roi refuse la démission. Il participe à l’intronisation
du Souverain et l’accompagne dans diverses visites du dispositif militaire.
(7)
La démission en tant que ministre de la guerre a été accordée à la demande du
général de Failly lui-même et a été suivie d’une
nomination au grade de major-général le même jour,
avec la fonction de chef d’état-major général de l’armée.
(8)
« et s'expatrier pour quelque temps. » Le général de Failly, blessé dans son amour-propre et son honneur, ne
s’est pas expatrié mais s’est retiré dans sa propriété familiale de Neder-over-Hembeek, au nord de Bruxelles. Cette erreur,
répétée de livre en livre, a contribué à donné une
image peu flatteuse du général de Failly (voir
ci-dessous).
Damien de Failly
BIOGRAPHIE par Damien de Failly (2005)
En 2005, Damien de Failly, descendant d’Amédée de Failly,
a publié une biographie plus complète du général de Failly,
dans un ouvrage intitulé « Secrets d’Etat de la Révolution belge.
D’après les mémoires du Major-Général Baron de Failly »
(éditions Mols). Avec son autorisation, nous reprenons un extrait d’un
entretien qu’il a accordé à cette occasion :
« DIX QUESTIONS A DAMIEN DE FAILLY
1° : Quelle a été la motivation principale de votre
ouvrage ?
DdF : J’ai un
goût particulier pour la vérité en Histoire. Je suis persuadé, et je pense ne
pas être le seul, que bien des événements qui jalonnent l’histoire (avec H) ont
été tronqués, falsifiés ou manipulés pour cacher la vérité et ainsi sauvegarder
l’honneur des auteurs de faits parfois peu glorieux. C’est peut-être là
l’origine de légendes fabuleuses qui passent de génération en génération. Les
chercheurs sont de plus en plus convaincus que l’Histoire est écrite par les «
vainqueurs ». Ce qui signifie que ces derniers ont tout le loisir de raconter
les événements comme ils l’entendent ; les vaincus ont seulement droit au
silence. Le « politiquement correct » ne date pas d’aujourd’hui, il existe
depuis que l’Histoire existe. Il est intéressant de faire des enquêtes sur des
sujets douteux car on découvre toute la malice, la tromperie mise en place par
une certaine catégorie de gens pour garder un pouvoir (moral, politique ou
religieux) ou « conquêter une seigneurie » comme le
dit si bien Machiavel. Les exemples abondent même encore à notre époque moderne
et hyper médiatisée. Lorsqu’un événement a lieu, tous les acteurs du terrain «
omettent » sciemment certaines informations. Les grandes conférences de presse
mises en place n’ont d’autre but que de manipuler l’opinion ou du moins d’«
orienter » les esprits. Pour un journaliste, il devient quasiment impossible de
récolter les informations pour se faire une opinion « personnelle » sur les
événements. « On ne nous dit pas tout » est le sentiment général des gens et il
est fondé. Il faut alors enquêter et débusquer le mensonge.
2° : D’où le titre de votre ouvrage Secrets d’Etat de la Révolution Belge »
DdF : J’ai eu un
mal fou à trouver un titre qui puisse « coller » au texte. Car il s’agit de
plusieurs histoires qui s’entremêlent. On ne se rend pas bien compte que les
acteurs de la révolution agissent exactement dans le sens contraire qu’ils se
donnent au départ, ils imposent généralement une dictature de la terreur. Au
lieu de construire, ils détruisent en se proclamant héroïques. Il y a ensuite
l’histoire de l’accès à notre indépendance et souveraineté qui va à l’encontre
des souhaits de plusieurs hommes politiques de l’époque, et de la classe
bourgeoise en particulier. Or ceux-ci sont présentés aujourd’hui, dans l’Histoire
officielle, comme les piliers de notre indépendance, ce qui n’est pas la vérité
car 1831 n’est pas 1834. J’explique également, et c’est le cœur même de notre
histoire nationale, comment cette révolution fut téléguidée de la France par le
canal de l’Association dite Patriotique composée essentiellement de
francophiles républicains fort actifs qui souhaitaient ni plus ni moins un
ancrage de la Belgique
à la France, sinon la république. Je raconte également les péripéties de la Campagne des 10 jours où
notre armée belge fut littéralement stoppée pour favoriser et justifier
l’entrée des troupes françaises à Bruxelles. On disait alors cette armée en
complète débandade. Tout cela est archifaux. Mais nos responsables politiques,
pour justifier leurs carences et surtout leurs errements pendant 12 mois de
révolution ont crié unanimement à la trahison. C’était plus facile et très vite
compris par l’homme de la rue. Alors à l’unisson, on a crié « trahison ». Notre
révolution fut une révolution française en Belgique. Tenant compte de tout cela
et de bien d’autres faits, le titre s’imposait presque de lui-même en finale.
C’est la dernière phrase que j’ai écrite.
3° : Secrets d’Etat, en quoi consistent ces secrets ?
DdF : Qu’est-ce
qu’un secret d’Etat ? Il s’agit en général de faits qui restent occultés et qui
touchent à la sécurité même de l’Etat. Mais ici beaucoup de faits qui ne
relèvent pas nécessairement de la sécurité ont été occultés non pour
sauvegarder l’existence de l’Etat mais « l’honneur » (entre guillemet) de
plusieurs personnalités politiques dont je conteste le rôle positif dans notre
histoire officielle. D’autant plus que ces personnes se sont ingéniées à
falsifier et manipuler les faits pour faire « écrire » une histoire qui leur
convienne. C’est ce mensonge que je démonte. Je le démonte parce qu’au travers
de ce mensonge, ces hommes (politiques et pamphlétaires) n’hésitèrent pas à
discréditer notre armée belge et mon aïeul le général baron de Failly, alors ministre de la Guerre dans le Gouvernement
Provisoire et dans le premier Gouvernement du Roi Léopold Ier.
4° : Quelles ont été vos sources d’informations ? Sur
quelles informations vous êtes-vous appuyé ?
DdF : Il y a
plusieurs sources qui ne sont que trop rarement citées. Je pense ici à Joseph
Lebeau, un vrai homme d’Etat (avec quelques autres comme Van de Weyer ou le
comte de Merode). Joseph Lebeau est avec Van de Weyer
le véritable pilier de notre indépendance ; il a laissé d’intéressants
souvenirs. Il y a encore Nothomb, également homme d’Etat méritoire et capable,
dont les écrits sont fort intéressants. Il existe encore d’autres témoins
ignorés mais pourtant fort intéressants comme le Colonel Dumonceau.
Je citerai cependant l’agent anglais Charles White, témoin précieux et actif
dans ce qu’on pourrait dénommer la contre-révolution qui donne de précieuses
informations. Une mine quasi inexploitée est formée de l’Enquête Militaire qui
a suivi immédiatement la
Campagne des 10 jours. Ces documents sont à prendre avec des
pincettes et doivent être confrontés, car tout le monde tente de se donner un
beau rôle en critiquant son collègue (cela n’est pas nouveau). Ce travail de
confrontation a été réalisé par le prof Guy De Poerck
(un travail inédit qui est en notre possession). On ne peut oublier que l’ouvrage
repose sur les précieuses notes laissées par mon aïeul le général de Failly. Il était au cœur même de cette tourmente, il rendit
d’immenses services au pays et fut un fervent défenseur et protecteur de notre
monarchie et de la couronne. Il devint ministre de la Guerre, contre son gré, en
mai 1831, « pour sauver le pays » disait le Régent. Il fut élevé au grade de
major-général pour assumer la fonction de chef d’état-major général de l’armée
belge lors de l’offensive des Pays-Bas. Il a donc occupé les fonctions les plus
hautes au ministère et à l’armée et la fonction la plus modeste de « simple »
volontaire dans les rangs de l’armée de la Meuse en août 1831. Personne ne peut imaginer
quel fut son parcours, « pour rendre service et aider » dit-il, que je tente de
suivre au jour le jour.
Toute cette activité publique qui se déroule sur quelques mois fut
systématiquement niée par les auteurs de notre Histoire. Non seulement le rôle
du général est nié mais jusqu’à son existence même. Aucune biographie, aucune
mémoire. Si vous visitez le Palais de la Nation, vous trouverez des tableaux, des effigies
ou des bustes de « tous » les membres du Gouvernement provisoire et d’autres,
ils sont exposés mais vous n’y verrez pas de Failly.
Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’il fut qualifié alors du terme le plus
infamant pour un homme d’honneur comme lui. Tous les auteurs l’ont qualifié de
traître au pays, ce qui est faux. On l’a dit en disgrâce auprès du Roi, et ce
fut le contraire, les deux hommes s’étaient liés d’amitié sincère. Les
documents déposés dans nos archives ne furent jamais divulgués sauf par mon
arrière-grand-père, Victor, cela suite à la publication de plusieurs ouvrages
relatant les événements de la révolution et surtout de la campagne des 10
jours. Publications qui accusèrent gravement le général avec de soi-disant
preuves. Mon arrière-grand-père a démontré la fausseté des accusations et
démonté le mécanisme en présentant des documents originaux. On aurait pu croire
qu’à la suite des réponses aux accusations, les chercheurs et historiens se
seraient au minimum intéressés à ces écrits ou interrogé la famille. Aucun ne
fit cet effort de vérité et répétèrent systématique pendant 150 ans les mêmes
accusations mensongères à chaque jubilaire de notre indépendance : les auteurs
se recopiant mutuellement.
5° : Mais pourquoi avoir gardé le silence ?
DdF : Victor
Hugo dit que le silence est la force de l’honnête homme. Que dire face à une
opinion publique hostile ? Une opinion entretenue/manipulée sciemment dans le but
de nuire ? La violence et l’acharnement furent tels qu’il y avait menace de
mort. De plus, il y avait notre jeune monarchie, cette institution, base même
de notre indépendance et souveraineté. Après la Campagne des 10 jours, il
fallait tout mettre en œuvre pour calmer les esprits et surtout ne pas donner
d’arguments aux républicains qui refusaient leur défaite face à une jeune
royauté. Il faut savoir que le roi Léopold 1er est le premier souverain de
toute l’Histoire qui a gagné sa popularité dans une défaite militaire. C’est
littéralement la population qui a plébiscité le roi et non l’intelligentsia de
l’époque qui était hostile. Le silence du général de Failly
fut celui d’un vrai homme d’Etat qui a couvert la couronne et protégé la jeune
monarchie, il ne fallait pas détruire cette popularité acquise sur le champ de
bataille par le souverain. Le Roi et le général ont débattu de ce problème en
privé et le général de Failly n’avait pas à
s’expliquer devant l’opinion. Non seulement il s’agissait d’un devoir de
réserve, mais de plus le général de Failly a
largement contribué, en ne dérogeant pas à cette règle, à consolider la
position royale, que tout le monde, je dis tout le monde, voulait briser.
Intenter un procès contre les acteurs de cette campagne des 10 jours, supposés
traîtres ou incapables, comme certains détracteurs de notre monarchie le
souhaitaient, c’était soulever une partie du pays contre l’autre et relancer
les pratiques révolutionnaires et surtout décourager le Roi et le faire partir.
C’eût été une erreur que de jeter en pâture des informations qui allaient être
manipulées pour semer le trouble. Tout le monde espérait par cette manœuvre
accuser le souverain ou du moins l’affaiblir. Or il n’y avait aucun reproche à
lui faire. Il y eut également un silence imposé aux militaires à qui il qui fut
interdit de publier leur mémoire. Voilà les raisons du silence. Malheureusement
le silence absolu n’existe pas et tous les détracteurs ont eu le loisir
d’écrire ce qu’ils voulaient, puisque la vérité avait droit au silence.
6° : Pourquoi ces accusations déshonorantes contre
votre aïeul ?
DdF : Nous nous
sommes posé cette question de génération en génération. C’est finalement
l’enquête que propose ce livre. Il y avait plusieurs intérêts à faire la
démonstration que le ministre de la
Guerre était un incapable par qui était venu la défaite
d’août 1831. J’ai donc repris tous les auteurs qui ont développé le thème de la
trahison. J’ai tenté au mieux de remonter dans le mécanisme de cette pensée,
car il devait y avoir une source. Le thème de la trahison a surtout servi les
opposants à notre indépendance, les opposants à la monarchie, les opposants à
notre souveraineté. Les orangistes, les républicains et les rattachistes, les
conservateurs. Ils se déclarèrent tous « révolutionnaires », mais en réalité
œuvraient à l’encontre de notre indépendance. Les uns pour une restauration,
les autres pour le rattachement ou la république. Pour eux tous, l’armée belge
a trahi et le général de Failly, à la tête du
ministère est le premier accusé. Or je démontre dans mon enquête que l’armée
n’a pas trahi. Il n’y a pas d’officiers « félons » (au
pluriel) comme d’aucuns l’écrivent. Il y en a un, que le général de Failly était chargé d’arrêter qui est le général Van der Smissen. Curieusement ce général fut réhabilité après une
cavale et un procès par contumace. Mais l’origine des accusations qui est votre
question repose sur des articles de presse publiés dès l’entrée, au ministère
de la Guerre,
du général de Failly. Ce n’était pas nouveau, tous
les ministres du gouvernement provisoire furent successivement accusés,
sauf……de Brouckère (informateur même de la presse) qui sut manipuler celle-ci à
son avantage. Ces articles de presse étaient généralement écrits sous un
pseudonyme, la crainte d’être poursuivi comme ce fut le cas sous le régime
hollandais, était toujours présente à l’esprit. La haine exprimée dans la rue à
l’encontre du ministère fut alimentée par un informateur que j’ai découvert. La Belgique laissait faire.
Mais il y eut une personnalité particulièrement virulente qui est Charles Niellon, aventurier français. Déjà avant la révolution, il
écrivait des articles incendiaires. Pendant la révolution, il fut fort actif
sur le terrain et fut improvisé général des Volontaires par le Congrès. Il ne
supportait pas les anciens officiers brevetés belges qui revenaient de Hollande
pour se mettre sous le drapeau belge. Le général de Failly
était l’un des 7 officiers supérieurs belges au service des Pays-Bas, il eut le
courage de renoncer à une carrière toute tracée pour prendre sa retraite et
surtout ne pas être exposé à tirer sur ses compatriotes comme il l’écrit. Avant
cela il avait participé, sans tirer un coup de feu, à la répression des
journées de septembre 1830, épargnant la foule en pleine effervescence et
empêchant les soldats, dont de nombreux Belges, de tirer sur les civils ou
d’incendier les maisons ce qui aurait été une honte pour l’armée belge. Le
pseudo-général Niellon, chef de barricade,
nourrissait une jalousie féroce à l’encontre du général de Failly,
chef de brigade, jusqu’à lui refuser toute obéissance. Inutile de dire que les
Volontaires dont on a fait tant l’éloge étaient conduits par des mercenaires
français qui s’autoproclamaient capitaines ou colonels. Pour l’armée régulière,
il s’agissait d’une bande de va-nu-pieds incontrôlée. Tous les militaires le
disent. Mais Niellon s’estimait le bras armé de la
révolution et le héros incontesté. Adulé par le Congrès auquel il faisait
parvenir chaque jour un rapport sur ses faits d’armes contre les Hollandais à
l’instar d’un Napoléon, il ne supportait pas que le Gouvernement dont il
contestait l’autorité organise une armée nationale. Il mit tout en œuvre pour
dénigrer le travail du ministère de la Guerre et n’hésita pas à informer la presse de
ses accusations délirantes en accusant de trahison les moindres mesures
administratives de juin 1831.
Tous les auteurs ont suivi aveuglement et sans contrôle ces assertions
non fondées. Nous trouvons également un jeune capitaine indiscipliné et
déserteur, devenu général à son tour, qui crut bon d’écrire « ses mémoires ».
Très prolixe ce sont autant de règlements de compte. Il reprend les grands
thèmes de Niellon en les développant. Mais avant de
publier ses papiers il attend que les principaux acteurs qu’il dénonce soient 6 pieds sous terre. Il y a
un troisième auteur militaire le lieutenant-général Huybrecht.
Tout le monde le prend au sérieux. Or il se fait que cet homme était à
l’étranger lors de la campagne des 10 jours. Tout ce qu’il a écrit est de pure
invention quoique selon des recherches il ait consulté Niellon
et de Brouckère et reçu les papiers du général de Tiecken,
chef de l’armée de l’Escaut. Ces gens ont tous un point commun, la frénésie de
« la justification » coûte que coûte. Huybrecht et Eenens sont allés jusqu’à user d’écrits anonymes et
fabriquer des faux en écriture pour justifier leur présentation des faits à
savoir toujours le thème de la trahison. Voici un exemple, un paragraphe tiré
de la prose d’Huybrecht parlant du général de Failly : « 1° Celui-ci s’était distingué à l’attaque de
Bruxelles, à la tête du 5ème régiment. 2° Il était rentré fort tard ne
déguisant pas son hostilité envers la révolution. 3° Monsieur Charles de
Brouckère s’opposa énergiquement, mais en vain, à l’entrée du général au
ministère. 4° Devant les événements, nous déclarons (cette manière de procéder
évoque l’attitude d’un serment et en devient suspecte avec évidence) dès à
présent que nous possédons les preuves que, pendant la Campagne de 1831, le général
fut coupable de trahison en présence de l’ennemi. 5° On peut en conclure que
son administration comme ministre dû être en parfaite concordance avec sa
conduite postérieure ». Tout est dit. Il est certain qu’une telle déclaration
avec une emphase solennelle en 1856 (année jubilaire du 25ème), quatre ans
après le décès du général, eut un impact certain dans le public et auprès des
auteurs successifs. Or à l’analyse de ces 5 phrases chocs nous assistons à une
progression dans la gravité des paroles sur des événements amalgamées de
mensonges grotesques. Avec de tels propos, croyez-moi, le public est en délire
et se délecte. Le général de Failly a pris le bon
parti de faire silence, la force de l’honnête homme. Ce qui en a visiblement
irrité plus d’un. Mon arrière-grand-père Victor est allé consulter le seul
témoin fiable, le capitaine Raikem aide de camp du général, devenu général à
son tour, et lui a demandé s’il avait quitté un seul instant son père et si
celui-ci avait prononcé les paroles de trahison telles que rapportées par Huybrecht et consorts. La réponse était simple : NON ! et il ajouta, « il n’y a pas un mot de vrai dans tout ce
récit ». Nous sommes en face d’un mensonge à l’échelle nationale.
7° : Mais aujourd’hui vous avez décidé de rompre le
silence ?
DdF : En effet !
Le temps est venu, parce qu’il est propice et que nous estimons que les
passions révolutionnaires sont calmées et que, dans un des pays des plus
modernes, nous croyons qu’il y a une place pour la vérité. Depuis plusieurs
années j’étais écœuré de lire l’increvable ritournelle de la trahison de
l’armée belge à chaque jubilaire. Un jour je lus un texte dans lequel l’auteur
déplorait l’absence d’une biographie complète sur le général de Failly. Je fus également interrogé par un oncle, ancien
gouverneur de Flandre Occidentale, qui rédigeait ses mémoires et voulait en
savoir plus sur les événements de la révolution et du rôle d’Amédée de Failly. Cela m’a donné l’idée de « faire quelque chose »
mais quoi ? et comment ? Je me mis à la recherche de
livres anciens relatant les événements. C’est ainsi que j’ai découvert les
auteurs procureurs dont Huybrecht, Hymans, Eenens, Niellon, Belliard et une foule
d’autres à leur suite. Lors du 25ème anniversaire de la Belgique Hymans
écrit ceci : « Après 25 années de règne, Léopold 1er rentre dans la capitale
par la même route, acclamé par les mêmes voix, et retrouve à la même place le
président du Congrès national qui lui dit : Sire, montez au trône et l’homme
d’Etat, qui lui donna lecture de la charte du royaume, marche à ses côtés,
revêtu des insignes du pouvoir. Tous les membres du gouvernement provisoire,
sauf un seul, sont encore vivants ; la plupart assistent à ce second baptême de
notre indépendance et, dans les rangs les plus rapprochés d’un public d’élite,
le Roi retrouve encore, hormis un seul, tous les membres de son premier
ministère….etc (p.69). A remarquer qu’il ne prononce pas le nom de l’absent
tout en insistant lourdement sur cette absence alors qu’il aurait pu lui rendre
hommage. Mais non ! Plus loin dans le même ouvrage parlant de l’état de l’armée
: « Des généraux improvisés, des soldats sans expérience, un matériel
défectueux, des chevaux mal dressés, une notable infériorité numérique, une
administration sans vigueur, dirigée par un ministre de la Guerre inhabile, pour ne
pas nous servir d’un terme plus sévère…..etc ». Tout ceci écrit par un homme
responsable, Hymans, ancien professeur d’Histoire et
membre de la Chambre
des représentants. Outre le style pompier, il raconte des inepties dans les
phrases relevées. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, ceux-ci se
trouvent abondamment commentés dans mon ouvrage. Mais je relèverai un seul fait
qui touche l’organisation même de notre armée et je pose les questions
suivantes et tout le monde qui a un peu de bon sens comprendra et se rendra
compte de l’ineptie des propos de cet historien: Combien de temps prend la
formation d’un soldat ? Combien de temps faut-il pour dresser chevaux et hommes
au combat en 1831 ? Aujourd’hui, 2005, combien de temps nous a-t-il fallu pour
organiser notre nouvelle police fédérale de 35.000 hommes ? Combien de temps
nous a-t-il fallu pour habiller ces mêmes policiers ? Tout cela ne se fait pas
en deux mois. Le professeur Guy De Poerck qui m’a
fort aidé dans ce travail en me léguant les résultats de ses recherches affirme
que « contrairement aux assertions, le ministère du général de Failly fut celui qui se préoccupa le plus d’améliorer
l’état de l’armée » et il le prouve. Il y a non seulement une demande d’augmentation
du budget militaire qui ne fut pas accordée, mais aussi la diffusion d’un grand
nombre d’arrêtés en vue d’organiser cette armée. Venir dire le contraire relève
du mensonge. Devant tant de bêtises qui s’auto-alimentent
il devenait indispensable de réduire au silence ces auteurs. Dans la famille,
nous avons un avantage que nos détracteurs ne possèdent pas qui est le temps.
Celui-ci joue en notre faveur. Nous avons donc attendu patiemment que les
détracteurs aient épuisé leurs munitions. Ensuite un coup suffit ! Mais le but
de cet ouvrage est surtout de rendre hommage au général de Failly,
de lui rendre toute sa place dans notre Histoire nationale.
8° : Vous citez souvent Monsieur De Poerck, quelle est son intervention ?
DdF :
J’effectuais des recherches aux archives du Musée de l’Armée. Dans de pareils
cas, il devient normal que deux chercheurs qui se penchent sur le même problème
se rencontrent. Le prof. Guy De Poerck avait le
projet d’écrire deux volumes, le premier sur la biographie du général, le second
sur les mouvements de l’armée de la
Meuse lors de la
Campagne des 10 jours. Il avait découvert l’un des « mémoires
» de mon aïeul et voulait en savoir plus. Après lecture il s’est rendu compte
que ces ouvrages (je lui ai passé d’autres publications) étaient mal « composés
». Pour lui, il ne faisait aucun doute que les mémoires publiés avaient été
trafiqués. Il a été frappé par l’incohérence en ce qui concerne le bon ordre de
l’exposé. Il en conclut que les originaux furent intentionnellement manipulés.
Il a réécrit tout les textes, les classant soigneusement dans un ordre
chronologique et obtint un texte clair sur les événements. Nous avons entretenu
une relation épistolaire fort intéressante et j’encourageais toutes les
initiatives et les recherches pour découvrir la vérité. Mais l’âge venant il
eut de plus en plus de peine et se déclara inapte à continuer. Peu avant son
décès il m’invita chez lui pour me remettre tous ses documents et le résultat
de ses recherches. Un demi m3 de papiers. Il m’a fallu encore bien
des années pour m’y retrouver. Ce professeur a fait un travail de recherche
unique que personne à ce jour n’a entrepris : reprendre toutes les enquêtes de
l’époque, confronter les témoignages, étudier les ordres transmis, les
horaires, les lieux etc. etc. Grâce à cela nous disposons dans la famille de
documents intéressants à propos du rôle du général de Failly
et une abondante bibliographie sur notre révolution.
9° : Et le professeur Luc De Vos ?
DdF : Depuis le
début de mes recherches je voulais avoir l’aval d’une éminente personnalité du
monde militaire. Je dispose d’amis, connaissances et compagnons d’armes dont
plusieurs sont devenus des officiers supérieurs et même des généraux. J’aurais
pu leur demander un soutien moral que certainement ils m’auraient accordé. Mais
c’était pour moi trop simple et insuffisant, j’estimais qu’il fallait passer
par un passage plus « étroit », celui de l’Histoire. Je m’adressai au Prof. Luc
De Vos, prof d’Histoire Militaire à l’Ecole Royale Militaire. Celui-ci m’accorda
un entretien lorsque je lui remis le manuscrit dans sa première version.
D’emblée il m’a accordé sa confiance d’autant plus qu’il connaissait le sujet.
Lorsque j’eus terminé une réécriture du manuscrit et envoyé une copie il eut
alors l’amabilité de préfacer cet ouvrage. Ce qui pour moi représente une
consécration et un label de qualité. J’ai aussi bénéficié de l’assistance d’un
professeur d’Histoire qui m’a soutenu dans ce projet comme « promoteur de
mémoire », j’étais alors son simple étudiant. La confiance ! est
le mot clé de ce travail. J’ai été très bien soutenu sans parler de la
confiance de l’éditeur. Un projet ne peut se construire valablement que dans
une confiance partagée. Je dois dire de ce livre que j’ai lu et relu bien
souvent, est fort intéressant à plusieurs titres. Tout d’abord l’intérêt
historique, mais aussi une leçon de politique et de diplomatie. Il apprend une
manière d’analyser les événements politiques et d’avoir du discernement face
aux faits présentés. Le démontage des faits, des comportements et des
déclarations sont une autre manière de « lire » la page politique de notre
Histoire qui se déroule à livre ouvert tous les jours. Comme le dit Luc De Vos
: « Il est permis de se demander toutefois si la plongée dans une histoire globalisante
n’a pas conduit parfois à oublier cette vérité toute simple : l’histoire, c’est
l’histoire des hommes ». Et j’ajouterais « des hommes » avec leurs faiblesses,
leur courage, leurs défauts et leurs qualités, leur héroïsme au quotidien. Ce
livre est d’une étrange actualité.
10° : Parlons de vos citations qui se trouvent en tête
de chaque chapitre ? Pourquoi ?
DdF : Les
citations ont pour rôle de mettre en condition le lecteur. Je me suis beaucoup
amusé avec ces citations. Celles de Shakespeare et de Machiavel ont ma
préférence, car elles touchent le monde politique et diplomatique. Elles sont
aussi d’une curieuse actualité. J’ai lu plusieurs fois le Prince de Machiavel
et savoure à chaque fois la pertinence de ses observations. C’est le bon sens
en politique. De plus il n’est pas le « diable » qu’on veut nous présenter.
Encore une fois, c’est un homme « éclairé » sur les faiblesses humaines, doublé
d’une profonde connaissance du « corps social » de masse des peuples. Il sut
dénoncer la perversion de certains comportements politiques à la grande fureur
des hommes politiques qui s’y reconnaissent sans peine d’où sa diabolisation.
Ma formation politique vient de lui. Il y a encore des citations tirées du Cid
de Corneille. Je les trouve bien placées. Chaque citation donne un éclairage
particulier sur le chapitre qui sera abordé. C’en est presque un résumé et le
texte qui suit plonge alors le lecteur dans le tourbillon des événements qui
renvoient à la citation comme un écho. C’est amusant.
(source: http://www.edde.eu/publication-secrets_d_etat_de_la_revolution_belge.html)
INTERVENTIONS
AU COURS DE LA SESSION
1830-1831 (Congrès national)
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