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Note d’intention
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Congrès
national de Belgique
Séance du
mercredi 25 mai 1831
Sommaire
1) Démission d’un membre du
congrès (Goffint)
2) Communications des pièces
adressées au congrès
3) Interpellation relative
au canal de Charleroi (Frison)
4) Propositions sur la mise à l'ordre du jour de la question du choix du
chef de l'Etat ; sur l'élection du prince Léopold de Saxe-Cobourg ; sur
des négociations préalables a cette élection et sur l'évacuation des ennemis du
territoire de
5)
Proposition concernant la loi sur le jury (Raikem, Pirson)
6)
Propositions et rapports divers
7)
Projet de décret ayant pour objet d'accorder un supplément de traitement aux
membres des cours supérieures de justice de Bruxelles et de Liége (Jottrand, A. Rodenbach, Van Snick, A. Gendebien, Van Meenen, Blargnies)
(E. HUYTTENS, Discussions du Congrès national de Belgique, Bruxelles,
Société typographique belge, Adolphe Wahlen et Cie, 1844, tome 3)
(page 135) (Présidence de M. de Gerlache)
La séance
est ouverte à une heure. (P. V.)
M. Henri de Brouckere, secrétaire, donne lecture du procès-verbal ; il
est adopté. (P. V.)
M.
le vicomte Charles Vilain XIIII, secrétaire, lit une lettre de M. Goffint,
député du Hainaut, qui donne sa démission. (I., 27 mai.)
-
Pris pour notification. (P. V.)
COMMUNICATION DE PIECES ADRESSEES AU CONGRES
M. Liedts, secrétaire, présente l'analyse des pétitions
suivantes :
Douze
habitants de Ninove se plaignent des poursuites illégales intentées contre eux
par le receveur des contributions.
Dix-huit
négociants de Bruxelles demandent la libre sortie des avoines.
M. Dirkx,
à Bruxelles, ayant une communication importante à faire au congrès, demande
qu'une commission soit nommée pour l'entendre.
M.
Hoornaert, à Waereghem, fait des observations concernant la loi de 1822 sur le
sel.
Trente-six
officiers, sous-officiers et chasseurs de la compagnie dite de Chasteler
demandent que le prince de Saxe-Cobourg soit élu roi des Belges.
Une
centaine d'officiers, sous-officiers et soldats de la garde civique de
Bruxelles font la même demande.
M. de
Valanthiennes, major, rappelle au congrès sa demande en naturalisation. .
M.
Diepenbeeck, à Bruxelles, se plaint d'une interprétation donnée par le
gouvernement à la loi sur la milice.
M. Trico,
à Bruxelles, demande un emploi, soit au ministère des finances, soit au
ministère de l'intérieur.
Trente-huit
négociants des environs de Charleroy se plaignent de la lenteur que mettent les
entrepreneurs du canal de Charleroy à Bruxelles, à faire achever les travaux.
(I., 27 mai et P. V.)
- Ces
pièces sont renvoyées à la commission des pétitions, à l'exception de la
demande de M. Hoornaert, qui est renvoyée à la section centrale chargée de
l'examen de la loi sur le sel. (P. V.)
M. Frison – Le congrès, dans sa précédente
session, a décrété que 300,000 florins seraient alloués aux entrepreneurs du
canal de Charleroy, afin de les aider à achever leurs travaux ; il paraît,
d'après la pétition qui vous est adressée et qui est signée par les exploitants
notables de l'arrondissement, que l'on pousse les travaux avec bien peu
d'activité.
Je demande
que le congrès charge le ministre de l'intérieur de s'assurer du fait par une
enquête ou tout autre moyen, et de prendre les mesures nécessaires afin que ces
300,000 florins ne reçoivent point d'autre destination que celle qui leur est
assignée, c'est-à-dire l'achèvement prompt du canal, qui, d'après le dire même
du directeur, pouvait être terminé endéans trois mois, ce qui certes n'aura
point lieu si l'on n'emploie pas un plus grand nombre d'ouvriers aux
terrassements qui seuls restent à terminer.
Vous
sentirez, messieurs, toute la justice de ma demande et la nécessité de prendre
la décision que je réclame ; car, si l'on doit attendre le rapport de la commission
des pétitions sur celle-ci, autant vaudrait renvoyer les pétitionnaires aux
calendes grecques. (E., 27 mai.)
M. le chevalier de Sauvage, ministre de
l'intérieur, déclare qu'il ne peut parler actuellement sur les indications données
par le préopinant ; demain il fournira les explications nécessaires sur la
question du canal. (E., 27 mai.)
M. Frison déclare être satisfait de ce que vient
d'annoncer M, le ministre. (E., 27 mai.)
PROPOSITIONS
SUR
(page 136) M. le président –
Quatre propositions ont
été remises sur le bureau ; je vais vous donner lecture de la première : elle est
de M. Lecocq, qui s'est entendu avec M. Constantin Rodenbach, qui déjà avait
déposé une proposition analogue.
« AU NOM
DU PEUPLE BELGE.
« Attendu
qu'il est urgent de procéder au choix du chef de l'État, et qu'il convient de
mettre tous les membres du congrès à même de prendre part à cette élection,
« Le
congrès décrète que la question du choix du chef de l'État sera portée à
l'ordre du jour du premier juin prochain. »
Cette
proposition est signée par MM LECOCQ, le baron DE SÉCUS (père), le baron
FRÉDÉRIC DE SÉCUS, VILAIN XIIII, l'abbé BOUCQUEAU DE VILLERAIE, BLOMME, DE
GERLACHE, DE ROUILLÉ, LIEDTS, HENRI DE BROUCKERE, LE BON, PEETERS, BUYSE-VERSCHEURE,
DE DECKER , BAUGNIET, le baron DE WOESMONT , le baron DE TERBECQ, l'abbé DE
FOERE, COPPIETERS, BOSMANS, LE BÈGUE, DE CONINCK, DE NEF, ALLARD, l'abbé
POLLlN, RAIKEM, DE TIECKEN DE TERHOVE, le comte D'ARSCHOT, GELDERS, D'HANIS VAN
CANNART, ROUPPE, BARBANSON, le baron VERSEYDEN DE VARICK, le baron DE LEUZE,
JACOBS, VAN DER BELEN, DE VILLE, BERGER, le baron OSY, VERWILGHEN, le comte DE
BOCARMÉ, le marquis DE RODES, l'abbé VAN CROMBRUGGHE , LEFEBVRE , VAN INNIS ,
GENDEBIEN (père) , le baron JOSEPH D'HOOGHVORST, THIENPONT, le marquis
RODRIGUEZ D'EVORA Y VEGA, LOUIS COPPENS, ZOUDE (de Saint-Hubert) , CAUVIN,
D'MARTIGNY, JAMINÉ, le baron DE STOCKHEM, le vicomte DE JONGHE D.'ARDOIE, LE
GRELLE, DUMONT , VAN HOOBROUCK DE MOOREGHEM, BISCHOFF. (I.,27 mai, et A. C.)
M.
de Robaulx – S'il y a une majorité toute formée, il est inutile de délibérer. (I., 27
mai.)
M. le président – Je ferai
observer M. de Robaulx qu'il ne s'agit pas maintenant de délibérer, ce n'est
ici qu'une simple proposition ; je ne sais à quoi tend l'observation de
l'honorable membre. (I., 27 mai.)
M. Henri de Brouckere – De ce qu'une proposition est signée
par un grand nombre de membres, il ne s'ensuit pas que son adoption soit certaine
et qu'il ne faille pas délibérer ; rien ne peut dispenser de la discussion.
(I., 27 mai.)
M. le président – M. Rodenbach a
la parole pour développer sa proposition. (I., 27 mai.)
M. Constantin
Rodenbach – M. le président, avant que je prenne la parole pour
développer ma proposition, ne convient-il pas de la faire accueillir par
l'assemblée ? (Explosion d’hilarité). L'assemblée ne m'a pas compris ;
ma proposition n'a pas été lue. (I., 27 mai.)
M. le président – M. Lecocq m'a
dit que vous vous étiez entendus, et que votre proposition était en tout
conforme à la sienne. (I., 27 mai.)
M.
Constantin Rodenbach – Ma proposition est déposée depuis hier matin. Je demande la
priorité pour ma proposition sur toutes les autres. (I., 27 mai.)
- Il est
donné lecture de cette proposition ; elle est ainsi conçue :
« J'ai
l'honneur de demander au congrès que la discussion sur le choix du chef de
l'État soit fixée au 1er juin prochain.
« C.
RODENBACH.» (E., 27 mai.)
Cette
proposition est appuyée. (E., 27 mai.)
M. Lecocq fait
observer que les deux propositions tendent au même but, et déclare ne vouloir
contester la prétention de M. Rodenbach ; il lui cède volontiers l'honneur
du développement. (J. B., 27 mai.)
M. Claes (de Louvain) – Je demande qu'avant tout
développement, il soit donné lecture de toutes les propositions qui ont été
déposées sur le bureau. Peut-être, après en avoir pris connaissance,
l’assemblée donnera-t-elle la priorité à celle de M. Blargnies sur toutes les
autres. (I., 27 mai.)
M. le président donne lecture de
trois propositions, dont la première, qui est signée, M. Pirson (Note de bas de page : Le texte de cette
proposition n’a été ni publié, ni conservé), rentre dans celles de MM.
Lecocq et Rodenbach.
La
seconde est ainsi conçue :
« Les
députés soussignés proposent le prince Léopold de Saxe-Cobourg pour roi de
Suivent
les signatures de 95 députés, MM :
L'abbé
BOUCQUEAU DE VILLERAIE, le comte (page
137) D'ARSCHOT, GELDERS, LECOCQ, CONSTANTIN RODENBACH, BARBANSON, ZOUDE (de
Saint-Hubert), VERWILGHEN, VAN DER BELEN, LEFEBVRE, le baron VERSEYDEN DE
VARICK, l'abbé JOSEPH DE SMET, JACOBS, D'HANIS VAN CANNART, le baron DE LEUZE,
DE VILLE, CAUVIN, le baron OSY, ROUPPE, VAN HOOBROUCK DE MOOREGHEM, MARCQ,
GOETHALS-BISSCHOFF, BERGER, le comte DE BOCARMÉ, le baron DE COPPIN, FRANÇOIS,
DE TIECKEN DE TERHOVE, VAN INNIS, le marquis RODRIGUEZ D'EVORA Y VEGA, LOUIS
COPPENS, DU BOIS, JAMINÉ, le baron DE STOCKHEM, le baron DE SÉCUS (père), le
baron FRÉDÉRIC DE SÉCUS, MARLET, HIPPOLYTE VILAIN XIIII, le comte DE QUARRÉ, le
vicomte DESMANET DE BIESME, D'HANENS-PEERS, le comte WERNER DE MÉRODE, NOTHOMB,
FENDIUS, VAN DE WEYER, le comte D'OULTREMONT, BLOMME, HENRI DE BROUCKERE, DE
GERLACHE, LE BÈGUE, LE BON, DE CONINCK, BAUGNIET, le marquis DE RODES, PEETERS,
DE BEHR,GENDEBIEN (père), GUSTAVE DE JONGUE, le baron JOSEPH D'HOOGHVORST,
THIENPONT, JEAN GOETHALS, SIMONS, BÉTHUNE, DEMELIN , le comte FÉLIX DE MÉRODE,
DELWARDE, RAIKEM, le vicomte CHARLES VILAIN XIIII, MEEUS, le baron DE PÉLICHY
VAN HUERNE, ROELS, DUMONT, le baron DE VIRON, COLS, DE DECKER, le vicomte DE
JONGHE D'ARDOIE, DESTOUVELLES, DE NEF, THORN, l'abbé WALLAERT, GEUDENS, l'abbé
POLLIN, DE MAN, CLAES (d'Anvers), VANDENHOVE, ALLARD, LE GRELLE, SERRUYS,
JOOS, le baron DE WOELMONT, l'abbé DE FOERE, le baron D'HUART, le baron DE
TERBECQ, COPPIETERS, BOSMANS, DU Bus. (Note de bas de page : dix sept autres sont venus ajouter
leur signature à cette proposition, aussitôt qu’elle fut imprimée ; ce
sont MM. le chevalier de Theux de Meylandt, Mulle, Lebeau, Devaux, le comte
d’Ansembourg, le baron Beyts, Barthélemy, Bischoff, l’abbé Andries,
Morel-Danheel, le vicomte de Bousies de Rouveroy, Isidore Fallon, Pirson,
Berthels, Nopener, Olislagers de Sipernau, d’Martigny)
- La troisième proposition est conçue en ces termes :
« AU NOM
DU PEUPLE BELGE,
« Le
congrès national
« Décrète
:
« Avant de procéder à la nomination du
prince de Saxe-Cobourg, le congrès fera dans le plus bref délai connaître à la
conférence de Londres et au prince lui-même l'indemnité qu'il croirait pouvoir offrir
pour le Luxembourg et les arrangements auxquels il croirait pouvoir consentir
quant au Limbourg et à
« BLARGNIES,
P. CLAES (de Louvain), D'ELHOUNGNE. »
M. le président donne ensuite lecture de la proposition suivante :
« AU
NOM DU PEUPLE BELGE,
« Le
congrès national,
« Considérant
que la constitution déclare que les provinces d'Anvers, de
« Considérant
que, malgré l'évidence du droit que
« Considérant
que la suspension d'armes, si souvent rompue par les Hollandais, n'a point
produit l'effet qu'on en entendait, puisque le gouvernement hollandais se
montre sourd à toutes propositions d'arrangement compatibles avec l'honneur et
l'indépendance de
« Considérant
que, si
« Considérant
que toutes négociations ultérieures sont désormais impossibles, si au préalable
l'indépendance de
« Décrète
:
« Le
pouvoir exécutif est chargé de prendre immédiatement des mesures, même par
la force, pour établir les lois et autorités belges dans toutes les parties du
territoire de
« Charge
le pouvoir exécutif de l'exécution du présent décret.
« A.
DE ROBAULX. »
Enfin il
lit une dernière proposition par laquelle M. Helias d'Huddeghem demande que le
rapport sur les demandes de naturalisation soit ajourné jusqu'après l'élection
du chef de l'État. (I., 27 mai, et A. C.)
(page 138) M. le président –
M. Constantin Rodenbach
a la parole pour développer sa proposition. (I., 27 mai.)
M. Constantin
Rodenbach – Messieurs, c'est pour la troisième fois que la question
importante du choix du chef de l'État me fait monter à cette tribune. Je
pressais naguère sa solution, alors que je croyais qu'elle était utile et
glorieuse pour
Je suis
persuadé que du moment que les Français auront mis le pied en Belgique, notre
existence politique aura cessé. Si avant que la lutte s'engage, nous élisons le
chef de l'État, nous triompherons ou nous périrons avec lui. Mais du moins nous
aurons protesté contre une réunion quelconque, qui serait pour nous le dernier,
le plus grand mai.heur.
Je sais
qu'infiniment restreints dans notre choix, nos suffrages ne peuvent se porter
aujourd'hui que sur un seul prince. Je sais que ce n'est pas sur lui que sont tombés
les vœux de la majorité de la nation, lorsqu'il était possible de faire un
choix. Moi-même j'appuyais alors le candidat du peuple et de l'armée, qui, par
la conduite machiavélique du cabinet français, nous a été ravi sans retour. Je
sais que quelques personnes semblent craindre pour notre pays une influence
tout anglaise. Si je partageais cette crainte, ma voix ne s'élèverait pas
aujourd'hui en faveur d'un prince que les circonstances semblent pousser au
trône de
Mais avec
la constitution que vous avez votée, messieurs, avec des chambres électives, un
gouvernement tout belge, pouvons-nous craindre devenir colonie anglaise ? cela
n'est pas possible ; nous ne le voulons pas, nous ne le permettrons pas.
Le prince
de Saxe-Cobourg n'a avec l'Angleterre aucun lien direct. Lorsqu'il sera roi des
Belges, il pensera, il agira comme tel. Un souverain n'est d'ailleurs tout
puissant que lorsqu’il s'identifie avec la nation. Sa propre dignité, vœux du
peuple seront les voix prépondérantes, les seules qu'il pourra écouter.
En ce qui touche la
différence de religion, je ne crois pas que les catholiques aient rien à
redouter. On ne pourrait, sans violer la constitution, attenter aux franchises
religieuses ; quand la loi est violée, le pacte est rompu. La liberté ne peut
périr en Belgique, La liberté religieuse surtout est assise sur des bases trop
profondes, son association est trop compacte pour craindre quelque danger. Je
dirai aux catholiques que le clergé belge est trop instruit, trop éclairé pour
ne pas sentir sa force et sa puissance. S'il sait se garantir de toute
protection, de tout privilège, s'il conserve sa devise glorieuse, Liberté en
tout et pour tous, il restera comme un modèle d'union, de justice et de
patriotisme. Je dirai aux républicains… (I., 27 mai.)
Plusieurs voix – A la question ! à la question ! (I.,
27 mai.)
M. De Lehaye – Je ferai observer
que ce n’est pas la question ; il ne s'agit pas de discuter maintenant le
mérite de la candidature du prince de Saxe-Cobourg, mais seulement de fixer le
jour de l'élection. (I., 27 mai.)
M.
de Robaulx – L'orateur est dans la question, il a le droit d'être entendu. (I., 27
mai.)
M. Constantin
Rodenbach reprend
en ces termes – Je dirai aux républicains qu’ils ont mauvaise grâce à vouloir revenir
sur les décisions du congrès, expression fidèle des vœux du pays, qui ne veut
pas de république. A ceux qui veulent la guerre immédiate, je leur dirai que
c’est un sûr moyen d'amener la réunion à
Qui
pourrait dire l'agitation de l'armée, l'ardeur (page 139) des chefs, l'impatience des soldats prêts à accuser
d'orangisme et de trahison tout ce qui s' oppose à la reprise des hostilités !
Je crois que la guerre est indispensable, qu'elle aura lieu inévitablement.
Mais si la force des armes doit décider de notre sort, avant que nous ayons
donné un chef à l’Etat, nous serons unis à
C'est,
messieurs, par toutes ces considérations d'intérêt public que je propose
l'élection du prince de Saxe-Cobourg. La réflexion seule, non l'enthousiasme,
m’a guidé et guide en ce moment la majorité de la nation. J'ai évité avec soin
de réveiller les passions. et de parler leur langage, persuadé que tout ce qui
se ressent de l'esprit de parti tend à compromettre les destinées de
Convaincu,
messieurs, que je ne serai pas plus initié dans les secrets politiques de la
conférence de Londres dans quinze jours qu'en ce moment, je déclare hautement
que je suis prêt à donner dès à présent mon vote au prince de Saxe-Cobourg.
(I., 27 mai,)
M. Van de Weyer – Messieurs, la
proposition de choisir le prince de Saxe-Cobourg pour chef de l'État est faite
par un grand nombre de députés. Ces messieurs ont eu l'obligeance de me choisir
pour en développer les motifs, parce que depuis longtemps cette combinaison
s'était présentée à mon esprit. Aujourd'hui que force est de nous constituer
définitivement, c'est un devoir pour chaque député de concourir à l'acte
solennel qui doit enfin, après huit mois de souffrances, couronner l'œuvre de
notre régénération politique. Si nous pouvions consulter les électeurs de qui
nous tenons notre mandat, je suis persuadé qu'ils nous diraient de terminer
immédiatement le grand acte. Tout nous en fait un devoir : les intérêts de
notre industrie, de notre commerce, et l'état de souffrance où depuis longtemps
se trouve
Depuis
longtemps le candidat que je propose aujourd'hui avait été désigné à vos
suffrages par les officiers de la garde civique ; pendant quelque temps des
préventions injustes ont empêché de donner suite à cette combinaison, on y
revient aujourd'hui, et je crois que nous devons nous en féliciter. Cette
candidature n'est pas hostile aux institutions du pays. Le prince de
Saxe-Cobourg a vécu dans un pays qui vit dès longtemps sous un régime
constitutionnel, il sait en apprécier les avantages et il a sous les yeux
l'exemple du roi d'Angleterre, qui vient de se placer à la tête du mouvement
libéral pour doter la nation d'une réforme longtemps désirée. Quelques
personnes cependant ont redouté que la candidature du prince n'entraînât des
modifications à la constitution. Messieurs, je ne pense pas qu'aucun de nous,
mai.gré l'amour bien naturel que chacun sent pour ses œuvres, je ne pense pas,
dis-je, qu'aucun de nous songe avoir fait une œuvre parfaite et sans reproche
en votant la constitution, et si quelques légers changements étaient
nécessaires, je pense que personne n'hésiterait à les consentir. Loin de moi,
messieurs, loin de nous de vouloir modifier les principes fondamentaux de notre
pacte social. (page 140) Les
principes éternels de justice et d'équité, et les droits imprescriptibles du
peuple qui ont leur base dans la constitution ,il n'est donné à personne de les
renverser.
Les
craintes manifestées pour nos intérêts commerciaux ne sont pas mieux fondées.
Il ne faut pas oublier que, d'après notre constitution, ce n'est pas au
gouvernement seul qu'il appartient de conclure des traités de commerce. C'est à
la nation, c'est à la législature qu'il est donné de les ratifier ou de les
rejeter, en sorte que si le prince souscrivait des traités nuisibles aux vrais
intérêts du pays, il serait bientôt arrêté par la législature dans sa marche
antinationale. Du moment donc que nos institutions sont à l'abri de toute
atteinte, et que nos intérêts commerciaux et industriels sont garantis par
cette combinaison, toute hésitation doit cesser,. et nous devons nous féliciter
du miracle qui s'opère en notre faveur ; car, messieurs, c'est un miracle que
d'avoir conservé dans le peuple, à travers tant d'agitation, ce respect pour les
propriétés et pour les personnes dont il a donné tant de preuves : et à ce
propos je dois, de cette tribune, repousser les calomnies que certains journaux
ont répandues sur le peuple belge. C'est un miracle que nous puissions, après
huit mois, parler sans crainte et librement à cette tribune et couronner par
l'élection d'un chef notre glorieuse insurrection.
Peut-être,
messieurs, existe-t-il dans quelques esprits des doutes sur l'acceptation du
prince ; à cet égard nous sommes convaincus qu'on ne peut nous communiquer de
documents officiels qui prouvent que le prince acceptera la couronne s'il est
élu : mais en avons-nous besoin ? non, sans doute. Nous pouvons nous baser,
pour former notre conviction sur ce point important, sur l'intérêt des
puissances, qui doivent désirer de voir
M. Devaux, ministre d’Etat – Je demande la permission de faire
une observation pour relever une erreur due sans doute à une distraction du
préopinant, lorsqu'il a dit que le prince de Saxe-Cobourg mettait pour
condition à son acceptation que la constitution fût modifiée… (I., 27 mai.)
M. Van
de Weyer – J'aurai sans doute bien mai. expliqué ma pensée. J'en demande
pardon à l'assemblée ; je suis un des signataires de la proposition, et je
déclare que si j’avais pensé que le prince eût mis pour condition à son
acceptation que la constitution serait modifiée, je bifferais à l’instant ma
signature. (I., 27 mai.)
M.
Devaux, ministre d’Etat – Je dois déclarer que, dans les rapports qui ont existé
entre le prince de Saxe-Cobourg et les commissaires belges ; il n'a pas
été question une seule fois de modifier la constitution. A la vérité nous
étions tous d’accord que la constitution n'était pas une œuvre parfaite,
puisqu'elle est une œuvre humaine, mais en même temps nous avons dit que si des
modifications devaient y être apportées, ce ne seraient que celles que
l'expérience seule aurait fait juger nécessaires. (I., 27 mai.)
M. le président donne de nouveau lecture de la
proposition de MM. Blargnies, Claes (de Louvain) et d'Elhoungne. (E., 27 mai.)
M.
Blargnies la développe en ces termes – Messieurs, je suis beaucoup
moins confiant que les orateurs que vous venez d'entendre. Je me rappelle le
jour, et il n'est pas loin de nous, où le
ministère a dit : Le rôle de la diplomatie doit être court, et très
court. Qu'a-t-on depuis ce moment ? On s'est engagé plus qu'on ne l'avait
jamais fait dans les voies diplomatiques.
Avant de
déterminer le système que nous devons suivre pour arriver à notre but,
examinons quels sont les grands besoins du pays.
(page 141) Le premier est de se constituer,
mais de se constituer promptement ; et cependant nous ne pouvons, ce me semble,
élire un roi qu'en arrivant en même temps à la solution des questions du
Luxembourg, de Maestricht et de
La
question du Luxembourg est loin d'être résolue. Car, à mes yeux du moins, la
note que l'on a fait circuler parmi nous, adressée par le général Belliard à
notre ministre des affaires étrangères, n’a en aucune manière changé l'état de
la question. Permettez-moi d'en rappeler le texte :
« Le
général Belliard est heureux de pouvoir annoncer à M. le ministre des relations
extérieures de
Vous le
voyez, des négociations vont être ouvertes, mais non pas encore pour fixer
l'indemnité moyennant laquelle nous pourrons traiter du Luxembourg ; nous
n'en sommes pas encore là : des négociations vont être ouvertes pour que nous
obtenions le droit de racheter le Luxembourg, s'il y a lieu.
Si de
cette première question nous passons à celle de Maestricht, là rien, absolument
rien, n'est fait.
Faudra-t-il
donc que nous laissions
Quels
avantages avions-nous au moins le droit d’attendre de l'élection du prince de
Saxe-Cobourg ? La solution de ces deux grandes difficultés.
On le
sentait si bien d'abord, et le prince lui-même en était si convaincu, qu'il n'y
a pas longtemps qu'on nous disait qu'avant de procéder à l’élection il
convenait de terminer les questions de territoire.
II est si
vrai que telle était la pensée du gouvernement, qu'il paraît que lord Ponsonby
s'était chargé de résoudre ces grandes difficultés. Et l'on attendait tout de
lui, si ma mémoire est fidèle, pour lundi, terme de rigueur.
C'est sur
sa parole qu'on s'appuyait, messieurs, la dernière fois qu'on nous a dit : Le
rôle de la diplomatie doit être court, très court.
Mais
lord Ponsonby n'est pas revenu. Mais on ne sait quand lord Ponsonby reviendra.
On ne peut rien nous dire sur les questions si graves que j'ai seulement
signalées tout à l'heure, et cependant on nous insinue que, sans s'inquiéter de
la solution des difficultés, il faudrait élire de suite, et que le prince
Léopold acceptera quand même.
C'est à
quoi je m'oppose de toutes mes forces. D'abord je devais croire, et dans ma bonne
foi j'ai cru, que le prince n'accepterait que s'il était élu à une forte
majorité, et s'il pouvait nous apporter en dot la solution des questions
de territoire.
Or,
aujourd'hui rien ne nous dit que ces questions aient seulement fait un pas ; et
plusieurs de mes collègues me disent que le prince acceptera son élection à une
majorité telle quelle.
Ce pas
rétrograde justifie ma défiance. J'appelle, messieurs, toute votre attention
sur une réflexion qui me frappe : si nous élisons le prince Léopold, remarquez-le,
nous ne sommes pas constitués, notre territoire n'est pas défini.
Une fois
l'élection consommée, notre mandat expire, nous nous retirons. Eh bien, alors,
messieurs, toute transaction sur notre territoire devient possible. J'en puise
la preuve dans l'article 68 de la constitution, qui permet au chef de l'État de
consentir à toute cession ou échange de territoire, avec l'assentiment des
chambres.
Le
congrès, serait-il le grand, serait-il le seul obstacle aux projets des
puissances alliées ? c'est ce qu'on n'a pas osé avouer. N'aurait-on pas un
désir secret de se débarrasser de nous, dans l'espérance d'avoir meilleur
marché d'une prochaine législature ? (Mouvement. Sensation profonde.) Messieurs,
voilà peut-être pourquoi on veut élire et accepter quand même, avant
la solution des seules difficultés que présente notre situation. Allons plus
loin.
Si vous
élisez, vous aurez un roi qui acceptera, dit-on, qui viendra ; mais si les
négociations sur les questions de territoire durent deux, trois mois, et si elles
finissent à notre désavantage, dans quelle position sera le prince à l'égard de
Et dans
cette hypothèse ; que personne n'osera certainement me contester, que nous
aura-t-il apporté ?
(page 142) RIEN, et nous, nous lui
aurons donné un trône et nous aurons excité la méfiance, peut-être le
mécontentement de nos voisins. (Nouveau mouvement.) .
Et
cependant, les circonstances sont graves, impérieuses ; le pays est agité,
le rôle de la diplomatie doit être COURT et TRÈS-COURT !
Il
faut sortir du cercle de fer qui nous serre et nous blesse de toutes parts.
Appelons à
notre aide le bon sens, la bonne foi et l'énergie.
Voyons
bien notre position. Nous sommes, dit on, une cause de perturbation, de guerre
en Europe ; on ne veut pas que cet état de choses dure plus
longtemps ; on veut de la paix à tout prix.
Eh bien,
indiquons franchement aux puissances comment nous pouvons concourir au maintien
de la paix.
Pénétré de toutes ces vérités, j'estime. qu'il devrait
paraître convenable au congrès :
1° De discuter le plus tôt possible, et avant toute élection,
la question de l'indemnité à offrir pour le Luxembourg ; 2° de discuter
également à quels arrangements nous croyons pouvoir nous soumettre pour
terminer les discussions sur Maestricht et
Nous
ferons connaître nos résolutions à la conférence et au prince, et nous dirons que
si dans tel délai ces propositions sont acceptées, nous élirons le prince de
Saxe-Cobourg.
Nos
conditions seront raisonnables, dignes et proposées de bonne foi. L'Europe
saura quels efforts nous aurons tentés pour le maintien dé la paix ; nous
ferons ainsi cesser les accusations qu'on nous adresse d'être cause de guerre,
et nous aurons mis un terme aux lenteurs qui, vu l'état du pays, m'effrayent.
En
agissant ainsi, messieurs, nous aurons cette consolation, quoi qu'il arrive, de
n'avoir consulté que l'intérêt réel et permanent du pays. J'estime, moi, que ce
doit être là notre seule boussole, et qu'il ne faut pas tout sacrifier aux
convenances momentanées des cabinets anglais et français ; et quand je parle
ainsi, j'ai la raison pour moi, vous en conviendrez. Écoutez-moi. La politique
actuelle de
Or,
messieurs, qu'y a-t-il de moins stable que la politique d'un ministère, qu'un
ministère lui-même ?
Que les
élections anglaises ou françaises amènent des nécessités de changement dans les
systèmes politiques, et nous voyons l'un des deux ministères, les deux
peut-être, renversés. Alors, adieu transactions, indemnités, combinaisons
fondées sur d'autres bases que l'intérêt belge, les besoins réciproques et la
sympathie des peuples.
Défions-nous donc des influences étrangères et
ne voyons que le bien de notre pays. Offrons et demandons un état de choses tel
qu'il puisse donner des chances d'avenir durable et heureux à
Par
ces motifs, je demande que les bases de notre transaction sur les difficultés
relatives au Luxembourg, au Limbourg et à
M. Lebeau, ministre des affaires
étrangères – Messieurs, mon intention n'est pas d'aborder en ce moment une question
qui serait évidemment prématurée et sur laquelle la discussion ne peut être
ouverte qu'après le rapport de la section centrale : mais je dois relever une
erreur fâcheuse qui s'est répandue et que semble partager le préopinant. Il est
inexact que le prince ait dit qu'une majorité telle quelle suffirait pour le
décider à accepter la couronne. Il a au contraire toujours posé pour condition
à son acceptation d’être élu par une majorité telle qu'il fût évident qu’elle
représentât l'opinion du pays. L'opinion contraire est une erreur accréditée
par les journaux. Sur ce point l'opinion du prince a toujours été et est encore
la même. Je le répète, il a toujours déclaré qu'il ne céderait qu'à une
majorité telle qu’elle représenterait non un parti, mais la nation entière.
(I., 27 mai.)
M. Blargnies déclare qu'en alléguant le fait
relevé par M. le ministre, il ne s'est rendu que l'écho de ses collègues qui le
lui avaient fait connaître. (E., 27 mai.)
M. le président – La proposition
M. Blargnies sera imprimée, distribuée et envoyée aux sections, aussi bien que
celle de MM. Lecocq et Rodenbach. (P. V.)
M. Jottrand – Je demande la priorité pour la
proposition de M. Blargnies. (I., 27 mai.)
M.
Le Bègue – Je demande que toutes soient renvoyées aux sections. (I., 27 mai.)
M. Jottrand – Je demande que dans les sections on
donne la priorité à la proposition de M. Blargnies. (I., 27 mai.)
M. Van de
Weyer – Je demande que les (page 143) propositions soient déclarées connexes et traitées
simultanément. (I., 27 mai.)
M. Jottrand – Je me réunis à la proposition de M.
Van de Weyer. (I., 27 mai.)
M. de Robaulx – Je demande que toutes les
propositions qui ont été faites soient renvoyées aux sections, qui feront
justice de celles qui ne devront pas être discutées immédiatement. (1..27 mai.)
- Cette proposition est
adoptée. (I., 27 mai.)
M. le président donne une nouvelle lecture de la
proposition de M. de Robaulx, qui a la parole pour la développer. (I., et E.,
27 mai.)
M.
de Robaulx – Messieurs, les propositions dont vous venez d'entendre les développements
m'ont fait pressentir, comme de coutume, que je me trouverai encore dans la
minorité, mais du moins la nation jugera des efforts de cette minorité pour le
triomphe du bien public ; elle jugera les votes non pas en les comptant, mais
en les pesant.
Lors de la
dernière réunion du congrès, vous avez témoigné des intentions énergiques,
j'allais dire guerrières, intentions qui se sont effacées aujourd'hui. En
effet, lorsque le ministère est arrivé au pouvoir, vous vous êtes occupés de
propositions qui respiraient un caractère d'hostilité : c'est qu'alors on
comprenait la crise et qu'on voulait en sortir ; c'est que le ministère
comprenait la position et l'attitude qu'il devait garder. Rappelons-nous les
premiers actes de l'administration actuelle. Le gouvernement proposa un emprunt
de douze millions de florins, dans le but de faire les préparatifs d'une guerre
qui paraissait alors imminente. L'emprunt fut voté, non pas sans doute pour
continuer la diplomatie, ni pour payer les courriers qui se croisaient sur les
routes de Londres, de Paris et de l'Allemagne. J'éprouve, ici, messieurs, en me
livrant à la critique de la conduite politique des ministres, le besoin de
déclarer que je n'attaque que les choses et non les personnes, que surtout je
ne poursuis pas les places, car, je le déclare, malgré le désir que quelques
folliculaires m'ont prêté, je n'ai jamais songé à faire la guerre aux hommes du
pouvoir pour les remplacer ensuite.
Vous
avez donc voté un emprunt de douze millions de florins.
Vous
avez réclamé la prompte organisation de la garde civique, en pensant que si la
diplomatie ne terminait son rôle, il faudrait prendre un parti, dans la crainte,
ce qui est toujours un fâcheux excès, que le peuple ne se mêlât lui-même de
terminer ses affaires.
Vous avez
rendu un mémorable décret qui permettait au gouvernement de placer à la tête de
vos troupes un général en chef appartenant à une nation étrangère, et cette
décision ne pouvait être, et n'a été réellement rendue qu'en vue d'une guerre
qu'on regardait alors comme inévitable, et comme utile à nos intérêts.
Rappelons
enfin, messieurs, que le ministère reconnaissait qu'il était nécessaire que la position
de
On a doublé,
triplé le nombre des personnages que la diplomatie employait. Excusez-moi si
j'insiste aussi souvent sur les fausses démarches dans lesquelles les
diplomates nous ont engagés, et acceptez pour excuse l'antipathie que je leur
ai vouée. (On rit.) Ainsi, nous avons multiplié les négociations, et des
refus ont accueilli nos envoyés, en Allemagne comme à Londres ; comme à Londres, d'où revenait un de nos
ambassadeurs qui n'avait pas été reçu, lorsque le ministère y renvoya cinq à
six membres du congrès, non plus, à la vérité, pour nous représenter près de la
cour d'Angleterre, mais pour sonder les intentions d'un prince à l'occasion
d'une candidature dont il pouvait devenir l'objet. Loin de moi la pensée de
vouloir laisser percer le secret du comité général ; mais en dehors de ce
comité, je puis avoir encore l'opinion que j'ai toujours eue, c'est que cette
candidature est une mystification. Mon avis peut être erroné ; laissons au
temps le soin d'apprendre pour quelle opinion sera le triomphe. Seulement, si l'on
ne veut pas que je parle de ce qui nous a été dit en comité général, qu'on ne
prétende pas alors que le prince de Saxe-Cobourg veut telle ou telle majorité ;
si l'on veut ce secret, au moins je voudrais que le ministre ne vint pas dire
ici le contraire de ce qui s'est passé.
En un mot,
des tentatives ont été faites ; il est possible qu'elles aient tendu vers un
but utile, mais elles ont été infructueuses. C'est le fait que je constate.
Aujourd'hui, au lieu d'avoir une diplomatie belge, qui agisse dans l'intérêt de
M. Claes (de Louvain) – M. Le Hon est à Paris. (I., 27
mai.)
M.
de Robaulx – D'abord, M. Le Hon est à Bruxelles. (Rires universels.) Je ne
conteste pas (page 144) que M. Le
Hon ne soit l'envoyé de
M. Claes (de Louvain) – Il a été reçu. (I., 27 mai.)
M. le président – Messieurs, on
ne peut pas ainsi interrompre l'orateur. (E., 27 mai.)
M.
de Robaulx au président – Que voulez-vous ? c'est une conversation. L'orateur
continue en ces termes : Dans les questions importantes qui se traitent en
France et à Londres, nous ne sommes représentés que par les agents de la
conférence... Je le prouve. (M. Le
Hon demande la parole.) Je le prouve... Une note a été communiquée par M.
le général Belliard ; elle annonce que son gouvernement a pris l'initiative
dans les nouvelles propositions soumises à la conférence de Londres, par ce
même agent qui, longtemps, a soutenu les prétentions d'un prince que nous
avions à jamais exclu, c'est lui qui interpose aujourd'hui ses bons offices ;
j’élevais donc tout à l'heure une plainte fondée, et bien que je ne conteste
pas la réception de M. Le Hon comme notre ambassadeur, que c'est
Je ne sais
pourquoi, messieurs, la question de la rive gauche de l'Escaut n'arrive jamais
que subsidiairement dans nos discussions, et pourquoi nos négociateurs
attachent si peu d'intérêt à ce point en litige ; on négocie maintenant pour le
Luxembourg ; et ce premier objet de négociation durera l'espace de quelques
semaines, et croyez-le, c'est très modeste pour la diplomatie. Mai.gré le désir
que vous avez de satisfaire à la juste impatience du peuple, on ne négociera
que plus tard sur la question du Limbourg, que peut-être aussi nous devrons
racheter, et ce sera seulement alors que l'on s'occupera de la rive gauche de
l'Escaut, de cette partie de
Si un
juste sentiment d'attachement pour nos concitoyens nous fait un point d'honneur
de ne pas abandonner nos frères du Luxembourg, nous devons trouver que nos
intérêts matériels et que notre commerce ne nous permettent pas de répudier
l'examen de la question relative à
Les
retards que la marche des affaires a éprouvés ont impatienté les esprits : des
soupçons de trahison, qui sont au reste loin de ma pensée, ont pris naissance
de cette impatience, précisément parce que le peuple fatigué impute à crime ce
qui n'est qu'une erreur.
Et voyez,
messieurs : à l'intérieur, nous avons été témoins de conspirations non jugées
ou jugées tardivement, de querelles toujours prêtes à éclater entre les
bourgeois et les militaires, querelles qui ne prennent leur source que dans la
défiance qui existe ; et les preuves trop nombreuses d’insubordination
ont-elles eu une autre cause que cette même défiance ? non, messieurs. Il y a
plus, c'est encore cette défiance, c'est l'incertitude de la marche du
gouvernement qui nous a conduits à voir la résistance organisée contre le
pouvoir qui s'est absorbé dans sa propre faiblesse. J'en ai pour garant
l'affaire de Gand ; c'est cette incertitude qui a réveillé l'énergie de
plusieurs provinces qui se sont émancipées. Convenons donc que le gouvernement
doit s'engager dans une autre voie, que le congrès doit lui imprimer un
mouvement plus actif et plus progressif. La garde civique n'a point de chefs ;
on fait faire des lances pour armer des paysans qui ne voudront jamais
s'exposer en campagne, avec une perche au bras, à recevoir des coups de fusils
; enfin nous ne sommes pas dans la position qui nous conviendrait, placés que
nous sommes au point de nous trouver d'un moment à l'autre en face de l'ennemi.
Le
ministère a éprouvé quelques échecs, ces échecs ont pu amener cette acrimonie
qui se répand aujourd'hui en accusations d'orangisme, de réunionisme contre
tous ceux qui discutent, presque contre moi-même, messieurs, qui, je l'espère,
n'ai pas besoin de me justifier à vos yeux de semblables (page 145) reproches ; et si on m'a placé dans la catégorie des
dupes, nous verrons dans l'avenir, messieurs, dans quels rangs ces dupes se
trouveront.
Le
protocole du 17 avril nous prouve de nouveau l'existence de
Voyez
comme procède la conférence de Londres, que nous devons accepter comme la
représentation fidèle de
Je voudrais,
aussi bien pour calmer l’inquiétude publique que pour marcher vers
l'accomplissement de notre révolution, que le congrès blâmât énergiquement
l'apathie du ministère, tout en se rappelant qu'il convient d'allier la
modération à l'énergie et de placer le bon droit de notre côté. Pourquoi
Nous
sommes moins avancés qu'en décembre ; nous marchons en arrière ; nos questions
vitales n'ont pas été débattues. Il faut prendre une attitude ferme et
énergique, attitude que la nation peut se créer et garder, sans provoquer une
guerre générale ; car je demande seulement que les Hollandais soient repoussés,
que l'attaque cesse après leur expulsion hors du territoire ; et en exprimant
cette opinion, je crois être, messieurs, l'interprète de l'opinion du pays.
(E., 27 mai.)
M.
Charles Le Hon – Messieurs, je ne viens pas vous demander la permission de
discuter toutes les assertions renfermées dans le discours que vous venez
d'entendre ; mais il est un fait que, quoique député, et n'étant ici qu'en
cette qualité, je ne peux laisser passer sans y répondre. On a dit que
M. de Robaulx – Je croyais que M. Le Hon serait
satisfait des explications que j'avais données dans mon discours ; puisqu'il en
est autrement, qu'il me soit permis de donner un mot d'explication. J'ai dit et
je répète que nous ne sommes pas représentés à la conférence de Londres, et que
nos intérêts y sont confiés à des étrangers. Je ne conteste pas du reste, je le
répète, que notre ambassadeur n'ait été reçu à Paris ; mais
M. Van de Weyer – Il n'est pas vrai
de dire que parce que la conférence de Londres traite de nos affaires, il y ait
intervention de sa part. Il est certain que la conférence, ayant réglé notre
situation par des protocoles, peut aujourd'hui, si elle le veut, modifier ces
protocoles. Si l'on veut jeter les yeux sur les négociations, on verra que ni
le gouvernement provisoire, ni le comité diplomatique, ni le ministère des
affaires étrangères, n'ont reconnu aux puissances le droit d'intervention. Si
maintenant
M. le baron Beyts – Messieurs, je demande la permission
de dire deux mots.
- La
proposition de M. de Robaulx sera imprimée, distribuée et renvoyée aux
sections. (P. V.)
M. Raikem présente une proposition tendant à faire déclarer
que, soit avant, soit après l'élection du souverain, le congrès s'occupera de
la loi du jury, et ne se dissoudra pas sans avoir rendu cette loi. (I., 27
mai.)
M. Pirson, qui a fait une proposition
dans le même but, demande que la sienne soit à celle de M. Raikem. (E., 27
mai.)
-
L'assemblée ordonne l'impression et la distribution de la proposition de M.
Raikem, et l’envoie à l'examen des sections. (I., 27 mai.)
PROPOSITIONS ET RAPPORTS DIVERS
M. Helias d’Huddeghem développe sa
proposition relative aux demandes en naturalisation. (I., 27 mai.)
- Après un
débat, le congrès décide que le rapport sur les demandes de naturalisation sera
entendu demain. (I., 27 mai.)
M. le président nomme M. Lefebvre questeur en
remplacement de M. Huysman d'Annecroix/ (P. V.)
M. le baron Beyts demande que la commission des pétitions fasse son
rapport sur les demandes en élargissement. (J. B., 27 mai.)
M. Van
de Weyer a déposé une série de questions relatives à la garde
civique ; il demande que le ministre de l'intérieur soit invité à y
répondre. (E., 27 mai.)
- M. le
ministre de l'intérieur étant absent, l’assemblée décide qu'il sera invité à
répondre à ces questions dans la séance de demain. (P. V.)
PROJET DE DECRET AYANT POUR OBJET D'ACCORDER UN SUPPLEMENT DE TRAITEMENT AUX MEMBRES DES COURS
SUPERIEURES DE JUSTICE DE BRUXELLES ET DE LIEGE
L'ordre du
jour appelle la discussion sur le projet de décret relatif au supplément de
traitement à accorder aux membres des cours supérieures de justice de Bruxelles
et de Liége. (I., 27 mai.)
M. le président donne lecture de
l’article unique du projet de la section centrale ; il est ainsi conçu :
« L'indemnité annuelle, accordée aux
membres des cours de justice, et s'élevant :
« Pour
Bruxelles, à cinq cents florins, pour les présidents de chambre,
conseillers, avocats généraux et greffier en chef ; et à trois cents florins,
pour les substituts, commis greffiers et archiviste ;
« Pour
Liége, à quatre cents florins, pour les présidents de chambre, conseillers,
avocats généraux et greffier en chef ; et à deux cents cinquante florins, pour
les substituts et commis greffiers,
« Sera
payée à compter du 1er janvier dernier (page
147) par trimestre, d'après le même mode que le traitement ordinaire.
« Elle
ne fera partie du traitement que pour être soumise à la retenue décrétée le 5
avril dernier.
« Elle
cessera de plein droit à dater de l'époque à laquelle la cour de cassation sera
installée. » (J. F., 27 mai., et A. c.)
M. Jottrand, M. Alexandre Rodenbach, et M. Van Snick parlent contre le projet. (I., 27 mai.)
M. Alexandre Gendebien, M. Van Meenen et M. Blargnies parlent dans un sens opposé. (I., 27
mai.)
- On
procède au vote par appel nominal sur l'article unique ; 147 membres répondent
à l'appel : 51 votent pour, 96 contre ; en conséquence le décret
est rejeté. (P. V.)
Se
sont abstenus de voter : MM. de Gerlache, de Behr, Claes et Henri de Brouckere.
(P. V.)
La
séance est levée à quatre heures. (P. V.)